Suspension du programme à 125 millions d’euros pour équiper les prisons en tablettes
Il est permis de rêver. Faites l’exercice suivant. Remplacez :
« prison » par « école »,
« Justice » par « Éducation nationale »,
« Darmanin » par « Borne »,
et ainsi de suite.
Vous verrez que l’article suivant maintient sa cohérence :
« Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé à l’administration pénitentiaire de suspendre le programme d’équipement en tablettes numériques des prisons dans l’attente des conclusions d’un audit sur les dysfonctionnements […].
Dans l’attente de ces conclusions, le déblocage des crédits restants, 65 millions d’euros, est gelé. Ledit programme, conçu dans le but d’aider les prisonniers à accomplir certaines tâches via des tablettes numériques […] a été détourné de sa visée pratique.
Un haut responsable d’un établissement pénitentiaire s’exaspérait toutefois :
"avec le Numérique en détention, on a apporté une solution à un problème qui n’existait pas et on s’est ajouté d’autres problèmes. Ces équipements n’apportent rien de neuf car on pouvait fonctionner sans, pour les cantines, le parloir ou le courrier."
L’utilisation détournée desdites tablettes révèle surtout l’absurdité d’un programme d’une utilité relative et d’un coût élevé, 125 millions d’euros, dont 60 millions ont déjà été dépensés, à l’heure où chaque administration doit se serrer la ceinture. »
Ou encore, issu d’un autre média : « n'était-il pas plus judicieux de leur fournir du papier et un crayon plutôt ? »
… Pourquoi cet exercice ? Quel lien entre le scandale de cette numérisation contre-productive des prisons et celle de écoles ?
Malgré les études de plus en plus abondantes mettant en évidence (1) le lien entre la détérioration de la santé mentale des jeunes et la surconsommation numérique et (2) l’impact négatif de la digitalisation de l'éducation, nous continuons à investir des sommes démesurées dans la numérisation de l'école.
Et en aucun cas le fait de faire ses devoirs avec des tablettes ou d’utiliser des supports numériques en classe ne permet d’améliorer les mal dénommées « compétences digitales ».
Alors, comme pour les prisons, à quel moment quelqu’un s’est-il dit que c'était une bonne idée d’investir des centaines de millions d’euros dans la digitalisation au détriment d’autres postes de dépenses ?
(pour info, les enseignants en France sont payés 43% de moins qu’en Allemagne par exemple. Peut-être pourrait-on commencer par rendre ces postes plus attractifs ?)
Photo: administration pénitentiaire
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